Les Dernières Nouvelles d’Alsace, mardi 22 septembre 2009
L’entreprise Hartmann en liquidation
C’est un nouveau coup dur, hautement symbolique, porté à la vallée de Munster. Le 9 octobre à 18 h, les Manufactures Hartmann, l’usine la plus ancienne du bassin de la Fecht, créée en 1785, fermera ses ateliers sur son site de 3,6 ha au centre de Munster. Hier, le tribunal a prononcé la liquidation judiciaire avec une poursuite d’activité exceptionnelle pour honorer les dernières commandes.
Placée en redressement judiciaire le 7 juillet, la société, dont l’industriel vosgien Alain Thirion est le principal actionnaire, « n’a pas trouvé de solution d’avenir pérenne », expliquait l’administrateur judiciaire après le délibéré. Le passif de l’entreprise textile (ennoblissement, blanchiment, teinture et impression) s’élèverait à plusieurs millions d’euros. La direction est restée silencieuse sur le sujet hier après-midi.
De 3200 salariés à 692
Les quelques salariés présents hier matin au tribunal de Colmar ne se faisaient guère d’illusion. « Le bateau coule depuis trop longtemps », expliquait l’un d’eux après l’audience. C’était « inéluctable », ajoutait un autre, la mine déconfite. En chômage partiel depuis janvier, l’usine, en cessation de paiements, était encore confrontée, expliquaient-ils, à une sérieuse chute des commandes. Le personnel, dont la moyenne d’âge est de 50 ans, a été informé en fin de journée.
Avec cette fermeture programmée, c’est un pan important de l’histoire de la vallée de Munster qui s’effondre. La dynastie Hartmann, industriels, mécènes et hommes politiques influents, a régné sur ce bassin pendant plus de deux siècles. Les Manufactures ont employé jusqu’à 3200 personnes en 1841. Ses fondateurs avaient mis en œuvre une politique de développement économique de la ville et de la vallée en amenant le chemin de fer et, dans l’esprit paternaliste du 19e siècle, avaient eu à cœur d’améliorer les conditions d’existence de leurs ouvriers par, notamment, la construction de logements, l’ouverture d’écoles, d’un dispensaire.
Seul rescapé de l’industrie munstérienne, le site du Couvent se trouve en plein centre de Munster. Sa cheminée est visible dès l’approche de la ville, avec les clochers des deux églises. Développé sur l’emplacement du couvent des Bénédictins après la Révolution, il s’étend encore sur presque 4 hectares malgré les amputations successives liées à la diminution inexorable de l’activité textile munstérienne.
La fin d’une dynastie
« Le scénario catastrophe continue », souligne le maire de Munster, Pierre Dischinger, étonné par le délibéré. Avec le député Jean-Louis Christ, il avait récemment saisi les services de l’État, leur demandant la mise en place d’un contrat de transition professionnelle sur l’ensemble du bassin de la Fecht, pour permettre aux salariés des entreprises en cessation d’activité, d’accéder à des mesures d’accompagnement.
Cette liquidation judiciaire intervient après celle de Staufen Plastics (162 salariés), le plus gros employeur de la vallée, qui arrêtera ses activités avant la fin de l’année, et la fin plus ou moins annoncée de l’usine Bel Air à Metzeral (21 salariés). A la fin de l’année, ce sont quelque 250 salariés, dans le textile et l’automobile qui se trouveront sur le carreau. La désindustrialisation de la vallée de Munster se poursuit à un train d’enfer.
D’après Philippe Vigneron, journaliste à la rédaction colmarienne des « Dernières Nouvelles d’Alsace »
Les éditions régionales de FR3 Alsace du mercredi 23 septembre ont rendu compte de cette liquidation et de la détermination des ouvriers à négocier au mieux leur licenciement.


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