La Guerre de Trente Ans (1618-1648) fut pour l’Alsace la période la plus tragique, la plus catastrophique de son histoire. La province fut saccagée, pillée ; certains villages disparurent complètement. La famine, les faits de guerre, les épidémies décimèrent la population. Durant les années qui suivirent le Traité de Westphalie (1648), la paix ne se rétablit pas immédiatement. Un édit de 1662 appela français et étrangers à « se retirer dans le pays d’Alsace ». À cette époque, le peuplement n’était plus que de 250 000 personnes environ ; beaucoup de terres restaient en friche, certaines, même, n’avaient plus de propriétaires. Il fallait donc du monde pour s’adonner à la culture, mais également, comme après toute guerre, pour reconstruire.
Au XVIIIe siècle, ce n’est qu’après les guerres de Louis XIV que le pays put à nouveau prospérer. Après le rattachement de l’Alsace à la France, la physionomie politique du pays avec ses seigneuries et ses villes libres restait pratiquement identique. Les contraintes religieuses de Louis XIV ont poussé certains Alsaciens protestants à émigrer, surtout en Basse-Alsace ; la re-catholisation est en marche ; l’immigration francophone en est une image, Louis XIV la privilégiait surtout pour repeupler les grandes villes. Mais l’immigration provenait beaucoup aussi des pays voisins que sont la Suisse, l’Allemagne, l’Italie. Il fut fait appel aux Suisses pour repeupler les campagnes, aux Autrichiens du Tyrol pour s’établir dans les régions montagneuses et aux catholiques (sauf à Mittlach dans le Val de Munster protestant). Il en vint même de Provence, d’Italie, comme les ramoneurs savoyards.
Dans le Val St Grégoire, entre 1730 et 1789, les sources de l’immigration sont de trois sortes : les étrangers proprement dits, les Lorrains, les Alsaciens de Haute et Basse Alsace et, parmi ceux-ci, les habitants des seigneuries étrangères dans la province sont une particularité.
Cette étude sur l’immigration a été faite par l’examen de 332 demandes de droit de bourgeoisie ou de manance déposées aux Archives Municipales de Munster. Sur ces 332 demandes, il a été dénombré 256 nouveaux arrivants.
- Étrangers : 100
- Alsaciens
— Val d’Orbey : 30
— Colmar : 16
— Haute-Alsace : 37
— Basse-Alsace : 16 - Lorrains : 13
- Francs-Comptois : 1
- Non localisés : 43
— 10 noms à consonance française
— 33 noms à consonance alémanique
Tous ces nouveaux arrivants, qui avaient surtout des professions manuelles, voulaient se fixer après avoir « roulé » un peu partout en exerçant leur métier, ou après avoir épousé une jeune fille bourgeoise ou une veuve d’artisan. Ils étaient boulangers, charpentiers, cordonniers, cordiers, chapeliers, forgerons, papetiers, tisserands, maçons, tonneliers, etc. Certains autres, maîtres d’école, pharmaciens, apothicaires, chirurgiens, opérateur-accoucheurs ; les gens du Val d’Orbey, plutôt fermiers, censiers au service de l’abbaye. Il y avait entre autre un Hutfärber et un Suisse qui était Oel und Wasserbrenner von Kräutern. Un perruquier voulut s’implanter, mais n’insista pas faute de clients ! Certaines de ces personnes mériteraient que l’on s’attarde sur leur cas.
Origine des étrangers :
- Allemagne : Bade (19) - Wurtemberg (18) - Saxe (7) - Franconie (2) - Palatinat (2) - Souabe (2)- Thuringe (2) - Bavière (3) - Bohème (3) - Brunswick (3) - Hesse (3) - Silésie (3)
- Autriche : (5)
- Suisse : (29)
- Italie (Savoie) : (1)
- Seigneuries étrangères en Alsace : (8)
Patronymes des immigrants dans le Val St Grégoire
- Allemagne :
| Région | Noms des immigrants |
|---|---|
| Bade | ARNOLD - EHRISMANN - FILLINGER - FREY - HAMMER - HEINRICH - HEITZMANN - HERDER - HERZOG - KÖLLE - KALTENBACH - LÖFFLER - MOSSMANN - NUSSBAUMER - OBRECHT - REINBERGER - STEIGER - STRAUBHAAR |
| Bavière | SCHÜSSLER |
| Bohême | TIRRICHTER |
| Brunswick | MARQUARDT |
| Franconie | BINGER - HEYLANDT |
| Hesse | DIPPEL |
| Palatinat | SCHRANK - SCHREINER |
| Prusse | MÜLLER |
| Saxe | BAUMGARTEN - BUCHMANN - FRANCK - GÜNTZE - JAHN - WIRTH |
| Silésie | ADLER |
| Souabe | KNITTEL - SCHELL |
| Thuringe | BREMPER - HOMBERGER |
| Wurtemberg | ASSELMEYER - ENCHELMEYER - GECKELER - GRUNDLER - IRION - KÖNIG - LEHMANN - LUTZ - MÜLLER - RIEGERT - RIFF - SCHMIDT - SCHWARTZ - STICKEL |
| sans précision | DUSCHNER - HELLER - LEY |
- Autriche : FLEIH - SCHMITT - WACHTER - WEBER - WIRTH
- Suisse : BÄR - BESSERRER - EBELE - FELLER - FÖHR - FRISCHKNECHT - HÄFFLINGER - HODEL - HUG - MILLEMANN - NEEF - NEFF - SCHÄRER - SCHMÖSCHI - STUDER - SUTTER - WÄFFLER - WICKY - WUTSCHY
- Italie : BONZON
- Seigneuries en Alsace : COSSAT - GOETZ - HOCHMEYER - HOCHHEIMER - HENKY - PABST - SCHWOB
- Colmar : GRAFF - HANHART - HENNER - KIENER - MULLER - OESINGER - SCHERGER - SCHLUND - SCHÜBELIN - STÄHLIN - etc.
- Val d’Orbey : ANCEL - ANSEL - BATOT - CLAUDEPIERRE - DEMANGEAT - DEPARIS - FRANÇOIS - FLORANCE - GUILLEMAIN - HUSSON - JACQUES - KORMANN - MARCOT - MASSON - MANGIN - MATHIEU - MICHEL - OLRY - PARMENTIER - ROUSSELOT - TOURNET.
- Haute-Alsace : BARTH - BENLE - BURGHARDT - FEHLMANN - FERBLANC - HECHLER - JAEGLE - HASSENBÖHLER - MENGIS - NUFF - LINDEL - RIEGE - SCHOTT - SPIES - STENGER - VOGEL - WECKERLE - WERMELINGER - WILLNECKER - RITTERMANN
- Basse-Alsace : CHRISTMANN - DESCHAMPS - GRANDGEORGE - GRUND - HECHINGER - KAEUFLING - KRIEGER - LORENTZ - SCHEPLER - SCHENCKBECHER - etc.
- Lorraine : CUNY - DELACOTE - DIDIER - GERMAIN - JEANNETTE - MACHARD - PERE - PIERRAT - TOUSSAINT.
Nombre de ces immigrants ont fait souche dans la vallée de Munster et beaucoup de familles ont parmi leurs ancêtres une des personnes venues d’ailleurs.


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