L’ancêtre : Jean Jacques Hartmann : 1698-1750
Natif d’Emmendingen dans le Pays de Bade, il s’établit à Colmar où il décède en 1750. Il a cinq enfants d’un premier mariage et quatre autres de sa seconde épouse Marie Ursule Donner : André, fondateur de la lignée munstérienne, Mathias et Jean Jacques. Sa veuve épouse André Scheurer en 1758 ; elle en aura une fille Marie Ursule et un fils Jean Daniel.
I. Le fondateur : André Hartmann : 1746-1837
Né à Colmar le 30 novembre 1746, teinturier, chimiste-coloriste. En 1771, il épouse Marie Catherine Waag, une colmarienne née en 1753. Ils ont quatre enfants : Frédéric né en 1772, Jacques en 1774, Henry Nicolas en 1782, Sophie en 1796, épouse Jean Jacques Herzog.
En 1783, André arrive à Munster où il s’associe pour un tiers à Jean Henri Riegé, imprimeur d’étoffes dites « indiennes », autrefois coloriste à Augsbourg. L’affaire avait été créée en 1776 par l’industriel mulhousien Schmaltzer. Elle était établie dans le quartier munstérien du Graben, les actuelles rue André Lamey et rue de la Fecht.
En 1789, André Hartmann devient le seul propriétaire de l’entreprise. En 1818, après s’être affranchi de ses contrats avec le Suisse Pourtalès et la maison Soehnée, il fonde avec ses fils Frédéric et Henry Nicolas les Manufactures Hartmann et Fils. La très bonne qualité des tissus imprimés à Munster fait la fortune de la famille. Des dépôts sont installés en France et à l’étranger.
Il fut maire-président de la communauté d’habitants du val et de la ville de Munster de 1792 à 1795 et de 1799 à 1815. En 1821, il est nommé chevalier de la Légion d’Honneur. Il se retire de la société, en laissant la gestion à ses deux fils.
Il décède le 17 septembre 1837 à 91 ans. Un parc de la ville, en face de la gare, aménagé après la construction de la voie ferrée en 1859, porte son nom.
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II. Les fils
1. Frédéric Hartmann : 1772-1861
Fils aîné d’André et de Marie Catherine Waag, il naît le 17 octobre 1772 à Colmar. Il épouse Élisabeth Metzger née le 6 août 1777 à Colmar, Le 19 janvier 1799,. Le couple n’a pas d’enfants.
Associé à son père en 1818, il se consacre entièrement à ses usines, se tenant à l’écart de la politique pendant la Restauration. Le roi Louis-Philippe le tient en haute estime et l’élève au rang de pair de France en 1846.
De 1840 à 1860, sur sa fortune personnelle, il fait construire la route de la Schlucht avec son frère Henri et la fait prolonger -1842 à 1860- jusqu’au Collet. Passionné d’instruction publique, il fait don de l’école primaire à la ville de Munster en 1859. Il est également l’un des restaurateurs du couvent des Unterlinden à Colmar, qui deviendra le musée du même nom.
Il perd son épouse le 19 juillet 1856. Lui-même décède à Munster le 2 mai 1861, âgé de 89 ans, entouré de ses neveux et nièces. Tous deux sont inhumés à Munster.
2. Jacques Hartmann : 1774-1839
Deuxième fils d’André Hartmann et Marie Catherine Waag, il naît le 12 octobre 1774 à Colmar. Il épouse Caroline Schouch née en 1788 le 11 juillet 1806. Ils ont une fille unique Caroline le 17 octobre 1807. Veuf le 10 novembre 1807, il épouse Caroline Eccard, née le 8 novembre 1801, le 28 juillet 1821, dont il n’a pas d’enfant et qu’il perd le 23 janvier 1822.
Il est le fondateur de la filature du Hammer, à l’entrée est de la ville, en 1818. C’est à l’époque l’un des plus beaux bâtiments industriels d’Alsace. Il se dépense sans compter pour son entreprise, dormant sur un divan dans son bureau ! Passionné d’art, il invite de grands artistes à Munster : les peintres Jean François Millet et Théodore Rousseau, le compositeur Frantz Liszt dont sa fille est l’élève ainsi que de Frédéric Chopin à Paris.
Sa fille Caroline décède à vingt-sept ans le 30 juillet 1834, à son grand désespoir. Lui-même meurt le 24 mars 1839 à Strasbourg, usé par le travail. Lui et sa famille sont inhumés à Munster.
3. Henri Nicolas Hartmann : 1782-1856
Troisième fils d’André Hartmann et Marie Catherine Waag, il naît le 19 mai 1782 à Colmar. En 1818, il épouse Louise Schouch née en 1795 ; le couple a sept enfants : Henry en 1819, mort à la naissance ; Jules Henry en 1820 ; Frédéric en 1822 ; Léonide en 1823, épouse Édouard Gros, industriel textile de Wesserling ; Jacques en 1825 ; Alfred en 1826 et Jeanne (Jenny) en 1828, épouse Nicolas Schlumberger, manufacturier à Guebwiller.
Très jeune, il fait partie de la génération des industriels qui marquent leur temps. Austère et sévère avec lui-même, il est généreux et libéral avec les autres. En 1814, il est capitaine des lanciers à Breisach-am-Rhein, au moment où les Autrichiens envahissent pour la deuxième fois l’Alsace. Énergique et courageux, il est admiré de ses hommes.
En 1821, il intervient à la chambre des députés à Paris pour que la France rapatrie les cendres de l’empereur Napoléon Ier. En 1831, il est nommé capitaine de la garde nationale à Munster et reste en fonction jusqu’en 1846.
Il meurt à Munster, entouré de ses enfants, le 23 novembre 1856.
Une rue de Munster, en face du parc de la Fecht, porte son nom.
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III. Les petits-fils
1. Jules Henry Hartmann : 1820-1881
Deuxième fils de Henry Nicolas Hartmann et Louise Schouch. Il naît le 17 mai 1820 à Colmar. En 1848, le 23 mai, il épouse à Paris Blanche Sanson-Davilliers née le 27 février 1829, fille de banquier. Le couple a six enfants : Albert en 1851 ; Madeleine en 1852 ; Hélène en 1854 ; Jeanne en 1858 ; Suzanne en 1861 ; André en 1865.
Admis à l’École Centrale des Arts et Manufactures à Paris, où il passe trois années, il en sort avec un diplôme de chimiste qu’il va mettre à profit à Munster. Après s’être voué dix ans à la fabrique d’indiennes -activité définitivement abandonnée en 1857-, il se consacre ensuite au perfectionnement du blanchiment. Travailleur acharné, il sait être à la fois ferme et bienveillant.
Il décède à Munster le 21 janvier 1881 et y est inhumé.
Blanche Sanson-Davilliers, « Madame Blanche », son épouse, s’investit dans l’action sociale auprès des ouvriers des usines Hartmann. Elle fait construire le dispensaire de Munster en 1904.
Elle décède à Munster en 1908 et est inhumée au cimetière de la ville. Son nom a été donné à une rue de la cité ouvrière en face du parc de la Fecht.
2. Jacques Félix Frédéric Hartmann : 1822-1880
Troisième fils de Henry Hartmann et Louise Schouch. Il naît à Munster le 14 janvier 1822. Le 8 avril 1847, il épouse Julie Aimée Sanson-Davilliers, sœur de Blanche, née à Paris le 8 juillet 1826. Le couple n’a pas d’enfants.
Après de brillantes études de droit à Paris et muni d’un titre d’avocat, il vient s’occuper des affaires industrielles de sa famille à Munster. Maire de la ville de 1857 à 1880, membre du conseil général du Haut-Rhin, il est à l’origine de nombreuses modernisations : édification d’un nouveau quartier autour de la gare avec le parc qu’il dédie à son grand-père André hartmann en 1859 ; création des écoles maternelles, construction de la voie ferrée Colmar-Metzeral en 1868. En 1873, il finance la construction de l’église protestante qui met fin au simultaneum, cause de nombreuses discordes entre catholiques et protestants.
Élu en 1869, il est l’un des députés protestataires à l’assemblée de Bordeaux en 1871, quand l’Alsace-Lorraine est cédée au Reich. Il se retire de la vie politique malgré de nombreuses sollicitations pour se consacrer entièrement aux affaires munstériennes. Malade, épuisé, il se rend néanmoins à Strasbourg pour plaider la cause de sa « Realschule » - le collège de Munster jusqu’en 2005-. Il décède le 3 mai 1880 à Paris, est inhumé à Munster. Son nom a été donné à la rue qui longe la gare de la ville.
Son épouse, « Madame Aimée » a fait construire une salle de concert nommée aussi « le théâtre ». Le bâtiment, fortement endommagé au cours de la Première Guerre Mondiale, a été démoli par la suite. Elle est également à l’origine du parc appelé actuellement « Albert Schweitzer », qui ne faisait qu’un avec le parc de la Fecht, où l’on peut encore admirer des arbres remarquables plantés à son initiative. Son nom a été donné à une rue en face du parc de la Fecht, dans la cité ouvrière.
3. Alfred Hartmann : 1826-1898
Cinquième fils de Henry Nicolas Hartmann et Louise Schouch. Né à Munster le 25 mai 1826, il est resté célibataire.
Le 1er août 1853, avec son frère Jacques, ils s’associent à leurs frères aînés Henry et Frédéric. Alfred participe activement aux importantes transformations de la fabrique d’indiennes en faisant construire un bel atelier d’impression au rouleau. Mais en 1870 il quitte définitivement l’entreprise familiale sans toutefois renoncer à sa situation de resonsable. Depuis 1865, son frère Frédéric gère seul les manufactures familiales. Son frère Jacques émigre en Grande-Bretagne avec son épouse née Emma Steiner et décède à Londres en février 1887.
Membre du conseil municipal de Munster pendant de nombreuses années, il contribue par un don conséquent à la réalisation de l’adduction d’eau, projet planifié de longue date. Par testament, il lègue 16 000 Mark à des œuvres de bienfaisance et à l’hôpital de Munster. Après son décès, le 26 octobre 1898 à Munster, son hôtel de l’Altenberg revient à ses neveux et nièces. Les 200 000 F provenant de sa vente ont été versés en partie à l’hôpital et ont financé divers travaux dont l’éclairage et l’assainissement de la ville.
La rue portant son nom part du pont « Gibraltar » et longe le parc de la Fecht et le cimetière.
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IV. Les arrière-petits-fils
1. Albert Hartmann : 1851-1884
Fils aîné de Jules Henry Hartmann et de Blanche Sanson-Davilliers, il naît le 11 mai 1851 à Munster. Le 2 juillet 1881, il épouse Suzanne Marti, originaire de Montbéliard (1857, décédée en 1932 à Munster). Deux enfants de ce couple sont avérés : Louise, née en 1883, décédée en 1947, inhumée à Munster et Henry, né en 1884, décédé en 1907, également inhumé à Munster.
Après des études à Paris, Albert s’engage dans les légions d’Alsace-Lorraine en formation à Lyon. Après la paix de 1871, il revient à Munster mais doit repartir car jugé indésirable par les Allemands.
Il fait de nombreux voyages qui lui permettent de s’informer sur les questions indistrielles et commerciales ; en 1879, il revient à Munster pour s’initier aux affaires familiales. En peu de temps, il perd son oncle Frédéric (1880) et son père Jules Henry (1881) et se retrouve seul à la tête d’une des plus puissantes maisons industrielles d’Alsace.
Il projette la construction de maisons ouvrières, fait aménager une salle de lecture, veut organiser des cours du soir pour son personnel mais est emporté par la maladie à seulement 33 ans le 16 août 1884.
2. André Hartmann : 1865-1950
Sixième enfant et dernier fils de Jules Henry Hartmann et Blanche Sanson-Davilliers, né le 29 juin 1865, resté célibataire, André le second est le dernier de la lignée munstérienne des Hartmann. En 1872, ses parents optent pour la France mais il revient à Munster en 1889 pour occuper sa place de chef des usines Hartmann qu’il gère en commun avec son oncle Alfred.
Après la destruction de l’ensemble des usines munstériennes lors de la guerre de 1914-1918, il met tout en œuvre pour la reconstruction des bâtiments indistriels et civils de la vallée de Munster sinistrée. En 1920, il fonde une coopérative de reconstruction et devient également président de la coopérative de reconstruction des églises protestantes de la vallée et président des 55 coopératives de reconstruction du Haut-Rhin.
Il est maire de Munster de 1925 à 1929, conseiller général de 1919 à 1934 et président de la chambre de commerce et d’industrie de Colmar. Le 15 juillet 1950 il décède sans héritiers à Paris.
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Conclusion
Avec lui s’est éteinte une dynastie de « barons de l’industrie » qui auront profondément modelé le paysage et les mentalités munstériens. On travaillait « Hartmann », on vivait « Hartmann », on pensait « Hartmann », on mourait « Hartmann ». L’industrie textile, après avoir employé plusieurs milliers d’ouvriers à Munster et dans toute la vallée, est à présent quasi inexistante. Il subsiste quelques bâtiments d’usines, des parcs, d’anciennes maisons de cadres et des cités ouvrières, témoins d’une époque prospère définitivement révolue, où les vallées vosgiennes parmi lesquelles aussi Thann, Guebwiller, Sainte-Marie-Aux-Mines... vivaient et résonnaient des activités implantées par des industriels protestants.
Sources :
Michel Raugel : « La généalogie de la famille Hartmann »
Notice historique de la Maison Hartmann et Fils... Strasbourg, 1894
Repères pour une histoire du Val et de la Ville de Munster, 1988, plaquette éditée à l’occasion des festivités du septième centenaire de la ville de Munster par le Crédit Mutuel
Nouveau Dictionnaire de Biographie Alsacienne
Gérard Leser, Gérard Jacquat : La photo au service de l’Histoire, « Si Hartmann m’était conté » : 1. Des origines à la Première guerre mondiale. Portraits de famille et sites industriels (vol.8), 1995
2.Bâtiments publics et privés. Destructions de la première Guerre mondiale (vol.9), 1997
Remerciements : À Samuel Wernain (mairie de Munster) pour ses notes biographiques et certaines photos ainsi qu’à la Société d’Histoire du Val et de la Ville de Munster pour la galerie de portraits des Hartmann et conjoints.



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